Démarche artistique

Ma rencontre avec la danse ancienne est venue, au départ, avec le désir de lier la danse contemporaine et la musique d’un autre temps… 

Un premier spectacle a vu le jour : les partitions de Couperin interprétées à l’accordéon et à la cornemuse portaient un langage chorégraphique correspondant à ma propre écriture contemporaine, faite de mes expériences multiples, alchimie de divers styles, allant du classique au contemporain en passant par le bharata natyam et la danse traditionnelle. Ma curiosité pour la danse composée à l’origine sur des pièces musicales que j’utilisais librement et ma  fascination pour l’histoire et le costume ont fait le reste… 

La richesse de la danse dite « ancienne », comprise entre le XVe et la fin du XVIIIe siècle, surprenante de diversité, de jeunesse et de technicité, confirme sa place primordiale dans l’art et la vie quotidienne des hommes des périodes Renaissance et baroque. Nullement éloignée de la danse d’aujourd’hui, comme on pourrait le croire, elle reste la base de la danse académique et, si les pas se sont transformés au cours de siècles, les danseurs ont toujours le même rapport au temps et à l’espace. 

Mon choix s’est porté plus précisément vers la danse de la Renaissance (XVe et XVIe siècles). Elle apporte ses propres possibilités chorégraphiques (grands sauts, portés, inutilisées à la période baroque), et correspond mieux à mon tempérament. D’autres part, l’esprit curieux et fantasque de l’homme de la Renaissance, encorseté dans sa noblesse et la raideur de son aristocratie, capable des pires loufoqueries, me fascine. 

Mon travail aujourd’hui a de multiples facettes : chercheur, historien, chorégraphe, interprète et parfois même costumier. 

Le chercheur et l’historien se rejoignent sur les terrains de reconstitution et de restitution de traités et de ballets dont nous avons encore les traces, toujours en relation avec les musiciens, partenaires indispensables. Le chorégraphe rejoint le chercheur dans le travail de transmission, et propose au spectateur d’aujourd’hui, qui a forcément d’autres repères que ceux du gentilhomme du XVIe siècle, une version plus lisible de ces mêmes œuvres, qui finalement le conduira un jour vers ces petits chefs d’œuvres du patrimoine culturel. 

La chorégraphe contemporaine que je suis apprivoise la verticalité du danseur renaissant, triture son vocabulaire chorégraphique, joue à distiller son énergie. 

De ce souffle, patiemment, naît une autre danse contemporaine.